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A propos de Rebecca

08/07/2015 22:38

Pendant que ces faits avaient lieu dans le sein du sénat, il s’en passait d’autres au Port-de-Paix et au Gros-Morne en faveur de la République. Pour qu’on les comprenne bien, il nous faut revenir un peu en arrière.

À la mort de Dessalines, le général Guillaume, commandant de l’arrondissement du Port-de-Paix, dévoué à l’empereur, avait eu la velléité de faire assassiner quelques hommes qui témoignèrent leur satisfaction de cet événement ; mais il ne put mettre à exécution cet affreux dessein, parce que la 9e demi-brigade était en même temps irritée contre Christophe, qui fit assassiner Capois dans ces circonstances. Cette troupe fut ensuite un des premiers corps à se mutiner, à l’occasion de la solde qu’il avait prescrite. Mécontenta son lourde la faiblesse que Guillaume montra envers la 9e, Christophe l’avait révoqué et envoyé en punition à la citadelle Henry, en donnant le commandement de l’arrondissement au colonel Pourcely, homme de couleur, qui était à la tête de la 9e. On a vu que dans sa lettre à Romain, du 19 octobre 1806, il s’était reposé surtout sur Pourcely pour maintenir l’ordre parmi ce corps. En marchant contre le Port-au-Prince, il fît ordonner aux 1er et 2e bataillons de le joindre ; mais la crue, des eaux des Trois-Rivières les avait empêchés de parvenir à temps ; ils arrivèrent seulement à l’Arcahaie où Christophe se trouvait, de retour de son équipée. Etant à Marchand, dans sa rage contre les républicains qui l’avaient repoussé du Port-au-Prince, il prononça des paroles menaçantes contre les hommes de couleur, qu’il rendait solidaires de ce qu’il imputait à Pétion et ses collaborateurs à la constituante : des murmures s’étaient fait entendre dans les rangs de la 9e où se trouvait

Il est probable que la révocation de Guillaume fut surtout motivée par son attachement a Dessalines.

Jean-Louis Rebecca, noir d’une ancienne famille d’affranchis du Port-de-Paix, élevé dans les mêmes principes que Lubin Golard, que tous les noirs anciens libres de la péninsule du Nord, qui, presque tous, avaient pris part à sa levée de boucliers, en 1799, en faveur de Rigaud et contre Toussaint Louverture.

Rebecca avait alors 38 ans, étant né en 1769 ; il était simple grenadier, après avoir été adjudant-sous-officier dans son bataillon ; son caractère indépendant l’avait fait brutalement dégrader, et il n’en était resté que plus hostile au despotisme habituel du Nord. Sa naissance, sa position dans la société civile à cause de sa famille, son âge, le rang auquel il était parvenu dans son corps, après avoir vaillamment combattu contre les Français sous Maurepas : tout lui donnait une grande influence sur les sous-officiers et les soldats de la 9e. Quand ce corps rentra au Port-de-Paix, Rebecca ne tarda pas à y voir arriver Thimoté Aubert et Hyppolite Datty qui, à la constituante, s’étaient identifiés avec les principes de républicanisme de Pétion, et qui, en retournant dans leurs foyers, lui avaient promis de tout faire pour relever le drapeau de Lubin Golard. Ces deux constituans s’abouchèrent avec Rebecca, Fouquet, ancien contrôleur de finances, et Faux, capitaine de la garde nationale ; ils se ménagèrent des intelligences avec tous les autres hommes qui pensaient comme eux au Port-de-Paix, et avec Massez, noir, habitant du Gros-Morne, influent dans cette commune. Rebecca travaillait l’esprit des soldats de la 9e, tandis que Massez agissait sur celui des soldats d’un détachement de la 14e qui était au Gros Morne.

Pourcely était devenu général de brigade, dans les promotions faites par Christophe au mois de février, Catabois commandait la place ; Jacques Louis, devenu colonel, remplaça Pourcely à la tête de la 9e ; deux des bataillons étaient commandés par Nicolas Louis et Bauvoir ; Alain était adjudant de place, et Jacques Simon, intendant des finances.

Massez ayant réussi à soulever le détachement de la 14e et les habitans et cultivateurs du Gros-Morne, le général Pourcely fit sortir du Port-de-Paix les 1er et 2e bataillons de la 9e pour aller réprimer cette révolte. Ce fut le moment choisi par Rebecca, qui était du 2e bataillon, pour se prononcer avec ses camarades en faveur de la République : c’était le 17 mai. Les officiers ne voulant pas prendre parti avec eux, les deux bataillons s’emparèrent du Grand-Fort en reconnaissant Rebecca pour leur chef. Cependant, celui-ci essaya d’organiser l’insurrection sous la conduite de Pourcely et des autres officiers de tous grades, parce qu’il était moins animé par une ambition personnelle que par le désir de soustraire la péninsule du Nord à l’autorité de Christophe. Ni Pourcely ni aucun autre officier n’ayant voulu déférer à ses vœux, Rebecca abandonna le fort et se porta avec sa troupe à celui du Trois-Pavillons, dans la montagne du Port-de-Paix.

Tandis que Pourcely expédiait Je capitaine Gilles Déré au Cap, pour aviser Christophe de cet événement, et que l’intendant Jacques Simon s’y rendait aussi, de la Tortue où il s’était réfugié en se sauvant du Port-de-Paix, Thimoté et ses amis faisaient partir Gentil Rebel à bord d’une barge, avec mission de se rendre au Port-au-Prince pour informer Pétion de la réussite du projet qu’ils avaient conçu : il présidait une députation de citoyens.

Dans la soirée du 18 mai, le 3er bataillon de la 9e se prononça également pour la cause de la République, et les citoyens du Port-de-Paix se déclarèrent, la plupart, dans le même sens. Une portion de ce bataillon alla joindre les deux autres au Trois-Pavillons, l’autre resta en ville. Le général Pourcely entraîna alors les antres officiers de tous grades avec lui et se rendit à Jean-Rabel où commandait Placide Lebrun ; mais, pendant leur marche, Catabois, Nicolas Louis, Bauvoir et la plupart des officiers inférieurs l’abandonnèrent et se cachèrent dans les montagnes. Ces nouvelles défections portèrent Pourcely à se rendre aux Gonaïves avec Jacques Louis et Placide Lebrun, en passant par le Port-à-Piment : de là, ils se rendirent au Cap.

Le capitaine Alain, adjudant de place, était resté seul au Port-de-Paix à leur départ : il fut reconnu en qualité de commandant par ceux des insurgés qui s’y trouvaient. Le lendemain, Rebecca y vint avec toute sa troupe, après avoir envoyé des émissaires dans toutes les montagnes et dans les communes de Saint-Louis et du Borgne pour soulever les habitans et les cultivateurs. Il fit rédiger une proclamation pour annoncer le but de son entreprise, n’y prenant que le simple titre de Grenadier de la 9e, tant il était mu par le seul sentiment de la liberté, dans sa noble ardeur contre la tyrannie qui opprimait déjà le Nord et l’Artibonite. Il est fâcheux, cependant, que Nicolas Louis, Catabois et Bauvoir, qui se rallièrent ensuite à cette sainte insurrection, ne comprirent pas alors le bon effet qu’aurait produit leur adhésion, pour lui donner une direction plus vigoureuse, par leurs grades militaires et le respect et l’estime dont ils jouissaient dans la 9e. Rebecca était aimé de ses camarades, mais il n’avait pas sur eux cette autorité morale qui résulte de l’habitude du commandement supérieur et qui assure le succès des entreprises de cette nature : en l’absence, même de leurs officiers inférieurs, ils n’agissaient pas avec cet esprit d’ordre et de discipline nécessaire, surtout en pareil cas. Rebecca en fît l’épreuve.

Il était à peine arrivé au Port-de-Paix, quand Gilles Déré y revint du Cap. Amené au bureau de la place, il annonça à Alain qu’il avait laissé Christophe à 4 ou 5 lieues, marchant contre la ville à la tête d’une colonne, et que le général Romain se dirigeait avec une autre contre le Trois-Pavillons. Cette nouvelle donna l’alarme au Port-de-Paix, Rebecca fit battre la générale pour réunir la 9e ; mais les soldats étaient débandés, les citoyens, hommes, femmes et enfans couraient ça et là pour tâcher de fuir, en emportant ce qu’ils avaient de plus précieux dans les campagnes. Pour contraindre ses compagnons à se réunir autour de lui, Rebecca recourut au feu ; il livra des maisons aux flammes, et n’en augmenta que plus la confusion. Enfin, suivi d’environ 20 hommes, il reprit précipitamment la route du Trois-Pavillons, dans l’espoir d’y être rejoint par le reste de la 9e pour défendre ce point. Il eut le temps d’y précéder la colonne du général Romain, mais sa troupe se grossit de peu de soldats, les autres ayant dirigé leurs pas vers Jean-Rabel ou dans les montagnes, avec une partie de la population du Port-de-Paix.

Christophe y arrivant et trouvant cette ville en flammes, se livra à toute sa fureur contre les hommes, les femmes et les enfans que sa cavalerie put atteindre : il en ordonna le massacre, en prenant position dans le Grand-Fort. Le lendemain, il se porta sur l’habitation Lallemand, à un-quart de lieue du Trois-Pavillons qu’il fit cerner par Romain.

Dans la nuit, Rebecca se décida à évacuer ce point. Arrivé sur l’habitation Paillet, à deux lieues de là, il fut atteint par la troupe de Romain qui s’était aperçue de sa fuite et qui le poursuivit. Pleins de courage, Rebecca et ses compagnons osent se mesurer avec des forces infiniment supérieures : il reçoit une balle à la cuisse et tombe parmi les morts ; le reste se sauve dans les montagnes. Intéressé à la capture de celui qui leva l’étendard de l’insurrection contre le généralissime, Romain fait chercher Rebecca parmi les victimes de cette sainte cause : il fut reconnu par le brave Toussaint Paul, plus désigné sous le nom de Toussaint Boufflet, qui servait Christophe alors, et qui devait lui-même devenir une victime du tyran, après s’être immortalisé, comme Rebecca, au service de la République dont il embrassa la cause. Toussaint, capitaine de dragons, avait été un des premiers à fuir du Port-de-Paix pour se rendre au Cap, lorsque l’insurrection eut lieu.

Traîné par devant Romain, Rebecca conserva l’attitude d’un héroïque défenseur de la liberté ; il accabla ce général et Christophe, d’expressions de mépris que lui suggérait son horreur pour la tyrannie qu’ils exerçaient dans le Nord, en demandant d’être mis immédiatement à mort. Romain lui fit trancher la tête par un sapeur et l’envoya à son maître, qui, dans sa joie féroce, la fit exposer au bout d’une pique au Trois-Pavillons où il s’était rendu.

Ainsi se termina, le 21 mai, la carrière de ce brave soldat. On peut remarquer, à sa louange, qu’il ne commit

 

Lou Evans Arne

 

 

 

 

 

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