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Un p'tit morceau de l'histoire d'Hayti concernant Henry Christophe a Port-de-Paix

11/05/2015 20:13

Un p'tit morceau de l'histoire d'Hayti concernant Henry Christophe a Port-de-Paix.

(1807)
Sommaire.— Christophe visite La Perrière. — II rentre au Cap. — Réflexions de Chanlatte sur le Sénat du Port-au-Prince. — Toussaint Brave tente, sans succès, de ramener Bauvoir à la cause de Christophe. Les troupes de Lamarre se renforcent par la désertion de celles de Christophe. — Christophe marche contre Lamarre qui occupe le Port-de-Paix. Il parvient au Carré Rouge. — II enlève Saint-Louis du Nord sur le général Delva. Il assiège la ville du Port-de-Paix. — Bauvoir est chassé de l'habitation Rébecca par le colonel Brossard. — II se renferme dans la place. — Le colonel Jason enlève le fort Laveaux sur Lamarre. — Le Port-de-Paix est étroitement cerné. — Les assiégés sont privés d'eau. — Lamarre, au milieu de la nuit évacue la place.— Il perce les lignes de Christophe et va s'établir à Foison et à Pellier. — Christophe prend le Port-de-Paix. — Le général Romain est lancé à la poursuite de Lamarre. — Christophe se rend au Cap. — Son ordre du jour du 28 juillet 1807. — Romain attaque Lamarre à Pellier et est repoussé. — Lamarre s'établit à la Barbe-Rouge. — II y est attaqué par Romain qui est repoussé. — Lamarre est renforcé d'un bataillon de la 24ème. — Le général Delva part pour le Port-au-Prince pour demander des renforts à Pétion. — La République est troublée par l'ambition de ses principaux chefs.
— Le général Yayou conspire contre le Président Pétion. — II vient de
Léogane au Port-au-Prince, sous prétexte de repousser une agression
menaçante de Christophe. — II se révolte contre Pétion au sein de la ville
du Port-au-Prince. — La capitale se prononce pour Pétion. — Yayou se retire à Léogane; il est abandonné de ses soldats. — II se réfugie dans les mornes de Campan. Quatre de ses partisans principaux, Sanglaou, Jourdain, Jean-Charles Cadet et Chervain, sont fusillés. — Yayou est pris dans les mornes de Campan, et est tué. — Gérin, commandant du département du Sud, accuse Bergerac Trichet et Thomas Durocher de favoriser la révolte de Goman.
Trait infâme d'un capitaine anglais dans la rade de Jérémie. — Arrêté de
Christophe du 21 août 1807, concernant les juges de paix. — Fête de Madame Christophe, célébrée au Cap.
Avant d'assaillir Lamarre, Christophe s'efforçait de séduire ses principaux lieutenants, ou du moins d'ébranler leur fidélité. Par ses ordres, le général Toussaint Brave, commandant de la seconde division du Nord, ayant son
quartier général aux Côtes de Fer, sur l'habitation Legros, entre l'Anse-à-Foleur et le Borgne, adressa une lettre au chef de bataillon Bauvoir de la 9ème, par laquelle il l'exhortait à abandonner la cause de l'insurrection.
Il lui disait qu'il lui écrivait ces quelques mots pour lui exprimer ses sentiments d'affection, et son étonnement de voir un homme tel que lui embrasser une cause si abominable, et fomenter la guerre civile, qu'il travaillait à la perte de sa
famille et de ses frères, qu'il fallait bannir de son esprit les mauvais desseins, fuir les mauvais conseils, qu'il lui ouvrait les bras ainsi qu'à tous ses frères égarés.
Cette lettre demeura sans effet, et les Républicains voyaient chaque jour s'accroître leur chiffre par les désertions qui avaient lieu dans le camp ennemi. Des soldats de tous les corps venaient se ranger sous les drapeaux de la République.
Leur ardeur était entretenue par plusieurs hommes très influents qui avaient embrassé la cause de la République, les Fouquet, Sangosse Cadet et les frères Gancher. Le nombre des cultivateurs qui affluaient au Port-de-Paix était assez considérable. Le général Lamarre, qui s'attendait, à chaque instant, à être assailli par Christophe, organisait à la hâte tous les éléments d'une forte résistance. Il forma définitivement la 14ème des débris de ce corps qui presque
en entier, avait abandonné la cause de Christophe; il envoya, pour séduire les soldats de la Sème, plusieurs déserteurs de cette demi-brigade qui lui avaient signalé le mécontentement de ce corps. Il demanda au président Pétion cinquante selles pour monter des dragons dont il avait absolument besoin, des
instruments et des habits pour les musiciens de la 9ème, corps héroïque, auquel il portait toute sa sollicitude. Christophe, ayant terminé tous ses préparatifs de campagne, se hâta de marcher en personne contre Lamarre.
Le 14 juillet, il sortit du Cap à la tête du régiment des gardes à cheval, commandé par Joannem, du Sème escadron du 2ème régiment de cavalerie, d'une compagnie d'artillerie du 2ème régiment, de deux bataillons du 1er régiment, d'un bataillon du 2ème, des deux bataillons du Sème, d'un bataillon du 27ème et de deux bataillons du 28ème. Ces troupes donnaient un
effectif de 4.750 hommes. H passa la nuit au Limbé. Il en partit le 15 avec l'armée, et ne s'arrêta que sur l'habitation Emmié, aux Côtes de Fer où il passa la nuit.
L'aviso "L'Avant-Garde", commandé par le chef de division Antoine Parisien, opéra à l'Anse-à-..., le 16, le débarquement des canons, mortiers, obusiers, qui devaient être employés au siège de Port-de-Paix. Malgré les pluies torrentielles qui avaient rendu les chemins presque impraticables, les troupes traînèrent les pièces d'artillerie jusqu'au Carrerouge, sous les yeux et la direction de Christophe, en personne.
Le même jour, le 16, le général Toussaint Brave, commandant de l'armée avait réuni toutes les forces de l'expédition au Carrerouge. Christophe l'avait joint à la fin de la journée.
Le général Delva, commandant des postes avancés de l'armée de la République, était établi à St Louis, ayant sous ses ordres le commandant Bauvoir à la tête d'un bataillon de la 9ème. Dès qu'il apprit la présence de Christophe au Carrerouge, il y envoya une reconnaissance qui se montra,
le 17, sur une éminence. Le général Toussaint Brave lança contre l'ennemi une colonne qui le culbuta et le mit en pleine déroute. Après cette action, l'armée de Christophe se mit en marche et se présenta devant Saint-Louis. Christophe,
découvrant une forte troupe de Républicains sur une éminence, les chargea lui-même à la tête de son état-major. Mais ils se dispersèrent par la fuite avant d'avoir été atteints.
Voulant enlever le bourg de Saint-Louis avant la fin de la journée, il réunit à sa garde à cheval tout le reste de la cavalerie de l'armée, en forma une seule masse qu'il lança sur les Républicains. L'attaque, bien dirigée, fut si formidable que le général Delva et le chef de bataillon Bauvoir ne purent opposer aucune résistance. La cavalerie de Christophe traversa le bourg de St-Louis, et poursuivit les fuyards en les sabrant.
Le général Delva, après avoir traversé la rivière de St Louis, eût été fait prisonnier, si un capitaine de poste, nommé Toureau, n'eut arrêté la cavalerie en démasquant et en tirant sur elle une pièce de deux battants sur le grand chemin. Les dragons rétrogradèrent, abandonnèrent la grande route, se dirigèrent vers l'embouchure de la rivière pour tourner le poste qu'évacua le capitaine Toureau, dès qu'il s'aperçut mouvement. Les gardes à cheval de Christophe s'emparèrent de la pièce de deux. L'armée du Nord continua sa marche audacieusement, passant sous le feu de deux barges que le chef
de brigade Panayoty avait embossées le long du rivage. Elle s'arrêta sur l'habitation Laveaux où elle passa la nuit. Le lendemain, 18, Christophe visita l'habitation Desroulins, et ordonna de dresser des batteries sur les hauteurs qui
dominaient le Port-de-Paix. Pendant la nuit qui suivit, ses troupes firent des gabions, les remplirent de terre et les établirent solidement sur les hauteurs. A la pointe du jour du 19, Port-de-Paix était cerné et menacé d'être foudroyé.
Lamarre et Nicolas en occupaient tous les forts, et Bauvoir qui, après la prise de St Louis, avait gagné les bois pour échapper à la cavalerie, se tenait hors de la place, n'ayant pu y pénétrer à la tête du bataillon de la 9ème.
Le 20, dès l'aurore, Christophe fit ouvrir le feu contre les forts Laveaux et Petit-Fort qui lui répondirent avec vigueur.
Le feu ne se ralentit pas de part et d'autre pendant toute la journée du 21.
Bauvoir, qui était hors de la ville, résolut de seconder Lamarre dans sa résistance, en inquiétant les assiégeants.
Dans la nuit du 21 au 22, il s'empara de l'habitation Rebecca, qui dominait, à une grande distance, les batteries de Christophe et s'y retrancha avec son bataillon. Le 22, à sept heures du matin, Christophe lança, contre lui, deux bataillons du Sème, un bataillon du 27ème et deux bataillons du 28ème,
sous les ordres du général Brave. Bauvoir, malgré les avantages de sa position, n'ayant sous ses ordres que 300 hommes, ne put résister.
Il fut culbuté; et le colonel Joseph Brossard, à la tête de la Sème, s'empara de ses retranchements. Le général Pourcelly fut tué dans cette affaire. C'était un officier du plus grand élan que Christophe regretta profondément.
Bauvoir, au lieu de se répandre dans la campagne comme s'y attendait l'ennemi, se précipita vers le fort Pagrot, y pénétra et se joignit à Lamarre. Pendant le reste de la journée,
Christophe canonna le fort Laveaux et le Petit-Fort. Le 22, à minuit, le colonel Jason reçut l'ordre de Christophe de s'emparer de Laveaux. Le 23, au lever du soleil, ce fort fut enlevé avec éclat. Les assiégés, qui occupaient le Petit-Fort,
l'abandonnèrent avec précipitation aussitôt après cette action, et se retirèrent au Grand-Fort. Les assiégeants s'emparèrent de deux canons, d'un mortier de 8 pouces, de munitions et d'une nombreuse correspondance; les chevaux de frise que les Républicains avaient jetés dans la grande route furent enlevés.
Les communications entre le Grand-Fort et le fort Pagrot furent interceptées, et malgré le feu plongeant de ces deux positions sur les troupes de Christophe qui occupaient déjà le centre de la ville, elles contraignirent, par les canons du Petit-Fort, la flotille républicaine à prendre le large. En meme temps, le général Brave occupait l'habitation Aubert avec la garde à cheval de Christophe, deux bataillons de chacun des 6ème, 27ème, 28ème régiments. En étendant ses lignes d' Aubert à Lacorne, il intercepta la retraite de Lamarre, et coupa ses communications avec la campagne. Aussi, les Républicains, privés de vivres, se trouvèrent-ils réduits à la plus affreuse détresse dès le 24.
Christophe, prévoyant l'évacuation de Lamarre, ordonna à toute sa ligne de redoubler de vigilance; il visita plusieurs postes et coucha au bivouac; le 25, il passa encore la nuit au bivouac; et jusqu'à minuit rien n'annonça l'intention de
l'ennemi d'évacuer.
Un instant après minuit, le 26, Lamarre, à la tête de ses troupes, fît une vigoureuse sortie sur les lignes de Christophe du côté du Petit-Fond Aubert, et les aborda par une décharge générale. Il fut vaillamment accueilli; l'obscurité était profonde; la mêlée devint horrible; amis et ennemis se confondaient. Ce fut un carnage aveugle de part et d'autre; on se battit à l'arme blanche et souvent corps à corps. Dans l'action le général Raphaël fut renversé d'un coup de pistolet par un aide de camp de Lamarre; le colonel Jacques Louis fut blessé; Lamarre, à la tête de 400 hommes parvint à forcer une ligne de 4000 fantassins et de 500 cavaliers. Il traversa les quartiers qui s'étendent entre les habitations Paulin et Desmao, le fond Ramier, au-delà des Trois Rivières et s'arrêta à Foison et à Pellier, aux Moustiques. Il occupa les mornes afin de profiter des avantages des combats de défilés, et fit soulever les cultivateurs des hauteurs de St Louis et du Gros-Morne, pour harceler Christophe par la guerre d'embuscades.
Ne pouvant tenir la campagne à la tête d'une poignée d'hommes, il se résolut à envoyer au Port-au-Prince le general Delva chargé de demander à Pétion des secours en soldats et en munitions, des selles, des pierres à fusil.
Le 26, à la pointe du jour, Christophe avait pris possession de toute la ville de Port-de-Paix, et la flottille de la République, mouillée à l'embouchure des Trois-Rivières, avait appareillé d'après les ordres de Lamarre. Le chef de brigade Panayoty, qui la commandait, alla mouiller à Jean-Rabel. Il y livra à l'officier qui commandait le Grand Fort du Port-de-Paix, au moment de l'évacuation, toutes les munitions qu'il avait à sa disposition; et celui-ci alla joindre Lamarre à Pellier.
Le général de division Romain, qui avait été retenu au Cap par la maladie, arriva au Port-de-Paix. Christophe lui confia le commandement en chef de l'armée, avec instruction de poursuivre Lamarre et de lui couper toute retraite du côté de Jean-Rabel, du Môle, et vers la Baie de Henne où l'on pensait qu'il dut se diriger pour s'embarquer.
Christophe, après avoir pris toutes les mesures que lui suggérait sa prudence, partit pour le Cap, avec son état-major, et y arriva le 28, à sept heures du matin. Dans la meme journée, il publia l'ordre du jour suivant:
"Partie du Cap, le 14 juillet, Son Excellence, Président
et généralissime, est retournée en cette ville dans la matinée du 28 même mois. Après la visite des autorités civiles et militaires, S. E. a reçu celle de la totalité des dames qui se sont transportées dans son palais, portant des branches de lauriers qu'elles lui ont offertes en la complimentant de son retour et de sa victoire. S. E. a été vivement attendrie des marques touchantes d'amitié et de respect qu'elle a reçues et a répondu avec son affabilité ordinaire.
Moins de quatorze jours ont suffi pour terminer la plus brillante campagne qui ait encore eu lieu en Haïti: la prise de la ville et des cinq forts du Port-de-Paix, la dispersion totale des révoltés du Sud qui avaient souillé ce territoire de leur
présence sous le commandement du révolté Lamarre, un grand nombre de prisonniers, la prise de leurs pièces, tels sont les heureux succès qui ont couronné nos armes.
S. E. s'empresse de payer le juste tribut d'éloges aux
troupes de toutes armes qui ont concouru à cette glorieuse
expédition, particulièrement à l'arme de l'artillerie.
S. E. fait les mêmes éloges du général de division
Toussaint Brave, qui commandait sous ses ordres, du général
de brigade Raphaël Manuel, pour l'intrépidité, le zèle, la valeur
qu'ils ont déployés dans le cours de la campagne, ainsi que des
14 HISTOIRE D'HAITI DE 1807 A 1843
colonels Jason, Jasmin, Brassard et Joannem, commandant
la garde à cheval du président
Le général de division Paul Romain, que la maladie avait empêché departager les lauriers de l'armée est arrivé au Portde- Paix le 26. Le Président lui a confié le commandement de l'aile droite pour consolider la tranquillité dans cette brigade.
Fait au quartier-général du Cap, 28 juillet 1807, an 4 de l'indépendance
Henry Christophe
En l'absence du général chef de l'état-major... l'adjudant général attaché à l'état-major:
J. H. Raphaël

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